Côte d’Ivoire : en attendant Gbagbo

Africains | Publié le 10 août 2018 à 8h41
ANALYSE. A la surprise générale, le Président ivoirien, Alassane Ouattara, a signé « une ordonnance d’amnistie » libérant 800 prisonniers politiques, dont Simone Gbagbo (photo) et plusieurs pontes de l’ex-régime d’Abidjan.

Sa libération sera-t-elle prononcée par les juges de la CPI le 1er octobre prochain ? L’ex-Président Laurent Gbagbo en procès à la Haye depuis 2016 poursuivi pour crimes contre l’humanité semble être le nœud pour une probable et totale réconciliation en Côte d’Ivoire.

Affublé de plus de 46% de l’électorat aux dernières présidentielles à palabre, il compte encore de nombreux partisans, qui attendent un jour qu’il revienne dans son pays. Déjà de son procès, il faudrait retenir le passage de 89 témoins, qui n’ont, à aucun moment, démontré la responsabilité de celui-ci dans les faits de crimes contre l’humanité à lui reprocher. Bien au contraire. Les récentes sorties des juges en charge du procès (ndlr : Henderson, Tarfuser) ravivent l’espoir d’une libération prochaine du Président Laurent Gbagbo. Sortira-t-il ? Restera-t-il enfermé malgré l’unanimité, même de ses pourfendeurs et adversaires d’hier, sur le manque manifeste de preuves ?

En attendant l’issue du procès Gbagbo, les choses bougent en Côte d’Ivoire. Les lignes aussi. A en juger le dernier coup du Président Alassane Ouattara. Contrairement à ses habitudes de fermeté, et à la surprise générale, il a signé (dans la précipitation ?) « une ordonnance d’amnistie » libérant 800 prisonniers politiques, dont Simone Gbagbo et plusieurs pontes de l’ex-régime d’Abidjan avec le dégel de leurs avoirs.

« De 0 à 800 prisonniers et exilés »

Toutefois, ce geste présidentiel laisse un goût inachevé parce qu’il reste encore dans les geôles du pouvoir, des militaires restés fidèles au Président Laurent Gbagbo. « Ceux qui niaient l'existence de prisonniers politiques ont dû se raviser et nous sommes passés de 0 à 800 prisonniers et exilés », affirmait le 8 août 2018, Lida Kouassi, ex-ministre de la défense de Laurent Gbagbo. Pour le Front populaire ivoirien, une nouvelle ère s’annonce, n’occultant pas l’idée de revenir au pouvoir en 2020.

Sur le terrain, la décision du Président Alassane Ouattara a été saluée par toute la classe politique ivoirienne qui voit là un signe d’apaisement. Cependant, l’on en est moins sûr avec la volte-face du Président Bédié du Parti démocratique de Côte d’Ivoire vis-à-vis de son allié de toujours. Pour ne pas arranger les choses, le PDCI vient de rompre les amarres avec le RHDP et envisagerait l’éventualité d’une coalition avec le parti de Laurent Gbagbo. Une position qui fragiliserait davantage le mentor du RDR, désarçonné plus que jamais.

En outre, le Président Alassane Ouattara a été épinglé par l’Union européenne dans un rapport au vitriol ou l’instance européenne critique un recul démocratique et de la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire. Un pied de nez qui ouvre à moult supputations quant au lâchage de celui-ci par ses protecteurs d’hier.

La grogne monte au sein de la population

Dans ce tableau, note un observateur, « l’environnement sociopolitique est devenu insupportable ». La grogne monte au sein de la population, qui a l’impression que ses problèmes sont relégués au second plan. « Le Président Ouattara et les siens utilisent la croissance à deux chiffres et les infrastructures qui se dégradent à chaque intempérie pour s’auto-célébrer, alors même que les conditions de vie des Ivoiriens se dégradent un peu plus chaque jour », poursuit celui-ci. Le pays est touché depuis plus d’un mois par à une pénurie de gaz domestique. Les microbes, « les enfants en conflit avec la loi » (l’appellation officielle de ces jeunes délinquants), réputés à la solde du gouvernement, font la loi dans les quartiers populaires, au nez et à la barbe des autorités policières.

En définitive, la recomposition du paysage politique, la montée d’une grogne sourde au sein de la population, le manque de liberté d’expression véritable, augurent des lendemains tendus pour le pays. Car il suffira d’une étincelle pour embraser les cœurs, la réconciliation ayant été un échec cuisant pour le « régime des vainqueurs » d’Abidjan.

Pour l’heure, les pro-Gbagbo et la majorité des Ivoiriens savourent la libération de Simone Gbagbo et des autres, avant leur retour dans l’arène politique à quelques semaines des municipales. Celles-ci s’annoncent chaudes.

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