Libye : des migrants faits esclaves

Africains | Publié le 28 avril 2017 à 10h10
Déjà frappée par une implosion politico-sociale, la Libye accueille des centaines de milliers de migrants subsahariens, traités comme esclaves.

L’Organisation internationale pour les migrants (OIM) a publié il y a quelques jours un communiqué fort instructif, dans lequel il révèle l’existence en Afrique du nord d’un marché aux esclaves pour les migrants.

Pour étayer sa thèse, l’organisme onusien s’appuie sur des témoignages, comme celui d’un jeune sénégalais prénommé SC (un nom d’emprunt pour protéger son identité). « Alors qu’il tentait de se rendre vers le nord à travers le Sahara, il est arrivé à Agadez, au Niger, où on lui a dit qu’il devait payer 200 000 francs CFA (environ 320 dollars) pour poursuivre son chemin vers le nord, en direction de la Libye. Un trafiquant lui a fourni un hébergement jusqu’au jour du départ de son périple, qui devait se faire en camionnette ».

« Sabha, au sud-ouest de la Libye »

Lorsque sa camionnette « est arrivée à Sabha, au sud-ouest de la Libye, le chauffeur a affirmé qu’il n’avait pas été payé par le trafiquant et qu’il transportait les migrants vers un parking » où SC a été témoin d’un marché aux esclaves. « Des migrants subsahariens étaient vendus et achetés par des Libyens, avec l’aide de Ghanéens et de Nigériens qui travaillent pour eux ».

SC explique « avoir été acheté » puis conduit dans sa première « prison », une maison individuelle où plus d’une centaine de migrants étaient retenus en otage. Que « les ravisseurs avaient forcé les migrants à appeler leur famille au pays et que ces derniers subissaient des coups pendant qu’ils parlaient pour que leurs proches entendent qu’ils se faisaient torturer. »

600 000 francs CFA à payer

Pour être libéré de cette première maison, SC devait payer 300 000 francs CFA (environ 480 dollars) qu’il n’a pas pu récolter. Il a ensuite été « acheté » par un autre Libyen, qui l’a amené dans une maison plus grande, où un nouveau prix a été fixé pour sa libération : 600 000 francs CFA (970 dollars environ), à payer par Western Union ou Money Gram à une personne du nom d’Alhadji Balde, apparemment au Ghana. SC a réussi à réunir de l’argent de sa famille par téléphone puis a accepté de travailler en tant qu’interprète pour les ravisseurs, pour éviter de nouvelles tortures. SC parle aussi « des conditions sanitaires horribles et ne mangeait qu’une fois par jour. Certains migrants qui ne pouvaient pas payer auraient été tués où abandonnés à leur sort et condamnés à mourir de faim ».

Quand « quelqu’un mourrait ou était libéré, les ravisseurs retournaient au marché pour acheter d’autres migrants pour les remplacer. »  « Des femmes étaient aussi achetées par des particuliers – des Libyens – et amenés dans des maisons où elles étaient traitées comme des esclaves sexuels. »

Otages battus tous les jours 

L’OIM cite un autre cas tout autant dramatique. Le témoin s’appelle Adam (nom d’emprunt). Ce dernier a été enlevé avec 25 autres Gambiens entre Sabha et Tripoli. Un Gambien armé et deux Arabes ont enlevé le groupe et l’ont conduit vers une « prison » où quelque 200 hommes et plusieurs femmes étaient détenus. Les otages étaient originaires de plusieurs pays africains. D’après Adam « les otages étaient battus tous les jours et forcés à appeler leurs proches pour payer leur libération. » Il aura fallu neuf mois au père d’Adam pour collecter assez d’argent pour sa libération, après avoir vendu la maison familiale.

Et c’est à Tripoli où les ravisseurs l’avaient emmené qu’Adam a été libéré. « Là-bas, un homme libyen l’a trouvé et amené à l’hôpital compte tenu de son mauvais état de santé. Le personnel de l’hôpital a publié un message sur Facebook pour demander de l’aide. Un collègue de l’OIM a vu la publication et a renvoyé le cas vers un médecin de l’OIM qui lui a rendu visite à l’hôpital. Adam a passé trois semaines à l’hôpital pour se remettre d’une grave malnutrition (il ne pesait que 35 kilos) et des blessures physiques causées par la torture. »

Programme d’aide au retour

A sa sortie de l’hôpital, l’OIM lui a trouvé une famille d’accueil où il a été hébergé « pendant près d’un mois et où le médecin de l’OIM et des collègues de la protection lui rendaient régulièrement visite pour lui donner des médicaments et de la nourriture et l’aider à se remettre sur pied. Ils lui ont aussi amené des vêtements propres. Adam a aussi pu appeler sa famille en Gambie. Lorsque son état s’est stabilisé, il a reçu l’aide du Programme d’aide au retour volontaire de l’OIM. » Le 4 avril, il est retourné en Gambie.

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