Sarr : « L’Afrique doit sortir du régime de la comparaison »

Africains | Publié le 9 février 2017 à 12h35
VIDEO. Agé de 44 ans, Felwine Sarr est un économiste sénégalais. Il a publié, l’an dernier, un essai fort remarqué, « Afrotopia », lequel aborde certaines problématiques touchant aux économies africaines.

L’Afrique des idées est en marche. Pour s’en convaincre, il faut écouter Felwine Sarr. Ce jeune économiste sénégalais de 44 ans était, il y a quelques jours, l’invité de Radio France internationale. Où il est revenu sur certaines thématiques ayant trait à son dernier essai « Afrotopia ».

Pour lui l’Afrique doit « sortir  du régime de la comparaison et du mimétisme. On n’est pas obligé de toujours se référer à ce qui a été réalisé ailleurs, dans d’autres géographies et d’autres espaces. Et pour moi, l’un des problèmes de la vision du Continent, c’est qu’on passe notre temps à le comparer à des sociétés qui seraient le standard d’un point de vue économique, culturel et politique. Et tout ce qui se fait en dehors de ce régime de comparaison n’est pas valorisé, n’a pas de sens. On continue à juger nos sociétés sur leur manque, et pas sur ce qu’elles ont comme richesse propre. »

« Le travail domestique n’est pas pris en compte dans le PIB »

S’agissant des indicateurs de mesures économiques comme le produit intérieur brut (PIB), il estime que « le travail des femmes, le travail domestique n’est pas pris en compte. Alors que c’est fondamental ! » «  Il y a énormément de sources de production qui ne sont pas prises dans le PIB. Mais lorsqu’on s’intéresse aux économies africaines, il y a une dimension relationnelle dans l’économie, une dimension de sens et de signification qui n’est pas intégrée par des indicateurs quantitatifs. Il faut des indicateurs aussi qualitatifs qui prennent en compte des dimensions un peu plus immatérielles. Et ne pas tomber dans l’illusion que tout ce qui compte est quantifiable. Il y a des mondes qui comptent qui ne sont pas quantifiables dans les termes de la statistique », insiste-t-il.

Quid du marché chinois attiré par des terres arables africaines ? « Je pense que le continent doit s’ouvrir, il ne doit pas s’enfermer. Mais il faut qu’il puisse négocier au mieux de ses intérêts les rapports d’ouverture, les rapports de coopération économique. Il ne s’agit pas de dire : « l’Afrique aux Africains ». Non ! Mais il s’agit d’établir des rapports non-asymétriques. »

Pour terminer, M. Sarr pointe du doigt certains déséquilibres économiques liés aux interventions occidentales. « Souvent, on a une vision à court terme. Il y a un problème, on y répond par l’humanitaire. Alors que les réponses doivent être politiques et locales. Du coup, on n’articule pas sur le moyen long terme, on grève des systèmes qui mettent sous perfusion des économies et qui ne permettent pas de produire des solutions durables », remarque-t-il.

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