Sept ans avec les Ovahimba

Africains | Publié le 11 janvier 2017 à 9h01
Rina Sherman est une ethnographe sud-africaine. Vivant actuellement à Paris, elle a passé sept ans à étudier, à ausculter, à admirer les Ovahimba. Un peuple attachant, originaire de la Namibie.

La veille de mon départ chez les Ovahimba afin d’entreprendre une étude de six mois, devenue un séjour de sept ans, un ami me raconta l’histoire d’un chercheur parti au fin fond de l’Amazonie. Sur place, il se trouva, enfin, face au grand sage dans son antre sacré pour assister au rituel, jusqu’alors inconnu du monde extérieur. L’ancien lui demanda : « Que fais-tu ici ? » Le chercheur ne sut pas répondre. Le lendemain, il fut rapatrié chez lui, où il vivotait pendant plusieurs années, avant de pouvoir reprendre son travail.

Ainsi, pendant les sept ans que j’ai vécu avec le roi d’Etanga, sa femme, ses enfants et les membres de sa communauté, j’avais peur de cette question. Un jour, une journaliste parisienne est venue me la poser là-haut sur la colline d’oHere au domaine familial de ceux et celles qui m’ont adopté comme un membre de leur famille. À la question « Que fais-tu ici ? », la réponse est bien entendue, « Rien ». Mais je m’en suis sortie avec une pirouette en disant : « L’amour ». Mon interlocutrice me fixe du regard : « Mais vous êtes toute seule ici ! » D’un geste de la main, je lui indique le roi, sa femme et ses enfants et lui dis : « Je vous présente la famille. »

Il est vrai que le roi d’Etanga, sa femme, ses enfants et ses petits-enfants m’ont appris à les aimer et ils m’ont aimé à leur tour, à leur façon, avec leurs mots et leurs gestes, et avec beaucoup d’humour et d’empathie. Vivre et laisser vivre, faire en sorte que tout le monde soit plus ou moins dans le même moment d’humanité et transmettre des valeurs de la vertu à leurs enfants, les encourager d’adopter ces valeurs plutôt que de les imposer, telle était la douce leçon de vivre que j’ai reçue en allant vivre à oHere.

Influences extérieures

Pour les communautés Ovahimba ou d’autres communautés de langue Otjiherero de ces contrées lointaines du nord-ouest de la Namibie et du sud-ouest de l’Angola où j’ai vécu, dont la culture, la langue, la pensée et la religion n’ont pas été très souvent en contact avec des influences extérieures, il est relativement facile de préserver une certaine cohérence de vivre, avec une forte cohésion sociale à la fois pour la famille et pour la communauté. Cela leur donne une sérénité ; ils savent qui ils sont et d’où ils viennent. C’est l’idée de cet élan de vie tranquille et généreuse qu’ils m’ont transmise avec beaucoup de force.

Au-delà de cette spiritualité, mais aussi des coutumes vestimentaires et de parures spectaculaires qui sous-tendent la beauté plastique des Ovahimba, les sept ans de vie commune avec les Ovahimba m’ont surtout donné envie d’y retourner pour un long moment. De continuer de vivre (où que je me trouve) dans un monde post-racial, multiculturel et cosmopolite et de considérer cela comme une richesse essentielle.

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